La Covidie au SILO de Suel #3

A l’occasion de l’ensilage de ma Covidie, je souhaite partager certains ouvrages du poète Lucien Suel qui peuplent ma bibliothèque.

Aujourd’hui, Les versets de la bière, journal (1986-2006), au Dernier Télégramme, où les fragments de vingt ans de vie poétique alternent avec de surprenants aphorismes.

Voici ce qu’en dit, sur Remue.net, le poète et éditeur Jacques Josse :

«  On n’y trouve nul épanchement, nulle analyse, nulle étude socio-psycho-dépresso-littéraire mais des bribes, des brindilles, des vignettes qui, en peu de lignes, disent les jours, les périples, les rencontres, les échanges, les livres, les lectures qui s’enchaînent. (…) Suel est là. Il capte tout. On se laisse guider. On siffle une bière de soif. On repart. On a envie d’ouvrir à nouveau des revues d’époque, de se remettre dans Java, Docks, Starscrewer et de glisser de Lyon à Marseille avec un détour par Rennes avant le retour au nord, là où il réside, s’arrête, se pose, là où il bloque sa boussole, là où il aime, jardine, écrit, traduit avant de refaire ses valises pour (toujours) repartir lire, échanger, dialoguer à l’hôpital, en prison ou en banlieue… »

Le fil du journal est interrompu par une collection de brèves pensées qui se présentent en blocs justifiés. Aphorismes, fausses tautologies, quasi lieux communs ou pseudo-lapalissades, ces perles ne se laissent pas facilement appréhender, mais j’ai ri souvent dans cette kermesse du langage qui m’a paru révéler comment le poète éponge ce que le monde dit. Ainsi :

« on a le temps — on a tout son temps — on perd son temps à courir — en anglais les aiguilles sont des mains mais les mains ne sont pas des aiguilles — on court main dans la main — on balance les bras en cadence — on ne vit pas assez longtemps pour devoir changer la pile du pacemaker — le représentant du peuple n’est pas un voyageur de commerce — on se vend pour des prunes — on n’est pas des poires — on prend un bain de foule le samedi après-midi dans l’hypermarché — on fait son choix — on compare les étiquettes des politiciens »

A propos de ce mélange inattendu, le poète Jean-Pascal Dubost écrit dans Poezibao :

« Il ne semble pas que Lucien Suel ait composé ce journal pour « sauver sa vie par l’écriture, pour sauver son petit moi (…) ou pour sauver son grand moi en lui donnant de l’air » (Blanchot), ce journal mélangé semble plutôt une nouvelle expérience d’écriture, une expérience rendue publique, et typique chez ce poète qui considère l’astreinte comme espace dans lequel poser des petites bombes de liberté ».

(2 commentaires)

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