La Covidie au SILO de Suel #2

À l’occasion de l’ensilage de ma Covidie, je souhaite partager certains ouvrages du poète Lucien Suel qui peuplent ma bibliothèque.

Aujourd’hui, son roman Mort d’un jardinier, publié à La Table Ronde puis en Folio Gallimard.

J’ai décrit le vertige ressenti à sa lecture dans un sonnet il y a deux ans, mais voici comment Robert Solé en rendait compte dans Le Monde des Livres à sa sortie :

« Un roman ? Plutôt un poème de 170 pages, dans lequel un jardinier s’adresse à lui-même. « Tu t’échines tu t’esquintes tu frappes et coupes et creuses et arraches et scies et brûles et déchiquettes pendant des jours et des jours, t’écroulant sur le dos dans la terre mise au jour, la sueur ruisselle traçant des lignes noires dans la poussière qui recouvre ta poitrine, ton cœur cogne ton cœur cogne » (…)

Pas de points. Simplement des virgules et, de temps en temps, des points virgules. Le texte coule comme un torrent, avec une incroyable précision. Mais, soudain, notre jardinier est saisi d’un vertige, il plie les genoux et tombe sur le dos au milieu des bûches fendues. Il sent qu’il va mourir. Dès lors, toute sa vie et tous ses rêves vont défiler : des souvenirs d’enfance, des souvenirs de voyage, des souvenirs de musiques. Il revoit sa femme à la maternité, la naissance de sa fille : « Tu tournes en rond dans la salle d’attente, ton amour est dans la salle d’opération, le jour va se lever et tu n’as plus de cigarettes, son visage est noyé dans le grand oreiller blanc… » Il revit chacun des petits gestes de la vie quotidienne : « Le couvercle de la lessiveuse galvanisée se soulève rythmiquement comme si le linge respirait à pleins poumons dans l’eau savonneuse… »

Le lecteur est emporté dans ce tourbillon. Il a les mains pleines de terre ou de cambouis, entend le ronronnement de la cafetière et le piaillement des oiseaux, il traverse la Turquie en 2 CV, regarde les frites frissonner dans l’huile, une mouche se noyer dans une flaque de bière, il respire le parfum des fleurs ou du fumier… Lucien Suel parle admirablement des choses de la vie – de sa propre vie. C’est un autoportrait, par petites touches. (…)

Mais le jardinier va mourir. Des milliers de visages se pressent autour de lui, des mains le touchent, des nez le hument, il est submergé de souvenirs et de sensations. Est-ce la trompette de Louis Armstrong qui résonne, claire et haute, sous les ormes du jardin ? Ou celle de Miles Davis qui gémit, plus loin, derrière les lilas ? Le jardinier se fond dans la terre, et elle se fond en lui. « Tu es comme un bébé, abandonné au milieu des légumes entre les choux et les poireaux, tu te demandes qui t’a déposé là, tu espères encore que quelqu’un, ton amour, arrivera, te soulèvera la tête, te prendra dans ses bras… » C’est le bout du poème, l’ultime récolte, la dernière station. » (R. Solé, Le Monde des Livres, 27/11/2008)

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