Lundi 23 mars

Lundi 23 mars – lecture Hervé Gasser
Lundi vingt-trois mars, entre dix-neuf et vingt heures
On fait un petit tour du pâté de maison
Les enfants sont en trottinette et en roller
Et je marche derrière en portant les blousons
Ils partent loin devant, plus que je ne voudrais
Un bruit de caoutchouc les suit puis disparaît
Il fait nuit, la rue est vide, les lampadaires
Divisent en silence l’ombre et la lumière
 
On pourrait se laisser porter assez longtemps
Dehors, un tour encore, mais alors j’entends
D’une fenêtre Dieu sait où dans les hauteurs
Un ado qui s’amuse avec un porte-voix
« Vous, là, rentrez chez vous ! » rugit-il, plusieurs fois
On n’a jamais si bien imité Big Brother
Il ne lui manque plus, au fond, qu’un projecteur
De mirador à la sentinelle amateur
Pour qu’un passant lambda devienne un hors-la-loi
Mais je fais comme si ça n’était pas pour moi
Je continue le long des grilles du jardin
Dans un polar, on entendrait des escarpins
Tricoter dans le noir, un trottoir qui résonne
Un feu qui passe au vert mais ne passe personne
Un plan serré sur une main dans un imper
Le cliquetis d’un barillet de revolver
 
Les enfants m’attendent au passage piéton
Ils tiennent à la main leurs casques Décathlon
Ils ont l’air mal à l’aise, inquiets, intimidés
Je comprends qu’un adulte vient de les gronder
Parce qu’ils sont dehors à huit heures moins dix
Je cherche du regard le vaillant citoyen
Pour le féliciter d’assister la police
Mais je ne vois qu’une ombre s’échapper au coin
D’un immeuble moderne, on aperçoit la diode
Qui clignote sur le clavier du digicode
 
On rentre à la maison par un chemin plus court
On essaiera demain de faire un tour ailleurs
Soudain, à hauteur de l’école Aimé Césaire
On entend quelqu’un, quelque part, applaudir
Et ce bruit dans la nuit fait un écho bizarre
Puis un autre s’y met et puis un autre encore
Et puis l’on voit des gens ici et là sortir
La tête par les fenêtres autour du square
Et taper dans leurs mains ou sur les garde-corps
Avec des couverts et la rumeur vient remplir
L’air comme les pales d’un hélicoptère
Comme un chahut sur les tables du réfectoire
Il y a un enfant qui tape sur un tambour
D’autres sur des poêles avec des cuillères
En bois, les miens se réjouissent du tintamarre
On est comme au feu d’artifice, tête en l’air
En remontant la rue tous les trois jusqu’au cours
Gambetta, et là, au-dessus du carrefour
Qui fait l’angle avec la rue de l’abbé Boisard
Il y en a un sur son balcon qui joue du cor
Son lamento dénote au milieu du concert
J’ai l’impression qu’il joue la sonnerie aux morts

(5 commentaires)

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