Tu n’es pas allé à l’école À cause d’un zizi qui brûle Et tu navigues en pirogue Dans les moulures du plafond Le plafond du baron Haussmann Saute-ruisseau et coq-à-l’âne Qui ne connaît pas ce motif ? Qui n’a des ricochets étranges ? Tandis que la chatte surveille Les colibris sur l’abat-jour L’abat-jour du baron Haussmann Filet-mignon et coq-à-l’âne Tu pagayes, contemplatif Devant un poster de Gauguin Parmi les fièvres tropicales Et les fleurs de bougainvillier Dans les cheveux des tahitiennes Et les pagnes polynésiens Qui ne connaît pas ce motif ? Et parfois la chatte renifle Ton oiseau-mouche ridicule Dans sa compresse de Synthol Ton colibri au bec pointu Qui brûle et hurle quand s’écoulent Quelques gouttes de plomb fondu Sur le canapé du salon Celui qui sent déjà l’urine L’urine aigrelette et fielleuse De la chatte qui fait la folle Avec le coton hydrophile Mais fait toujours au même endroit Comme une vieille siamoise Qui ne dit rien mais sait des choses Sur les motifs décoratifs Sur les tissus collés-tendus — Et c’est elle qui prend la trempe La trempe de vingt heures trente La trempe du père qui rentre La trempe du père irascible Pour le canapé convertible Et parce qu’il est impossible De se garer dans ce quartier Le quartier du baron Haussmann Marteau-pilon et coq-à-l’âne Qui n’en connaît pas le motif ? C’est le tarif prohibitif C’est la faillite de sa boîte C’est son mariage qui boîte Et son canapé quasi-neuf Le canapé-lit qu’il déplie Un samedi sur deux qu’il dort Dedans avec une autre femme Une lointaine francilienne Dont il te dit qu’elle est docteure Et qui t’ausculte le zizi Le zizi du baron Haussmann Orang-outang et coq-à-l’âne Qui ne connaît pas ce motif ? Qui n’a des ricochets étranges ? Hervé Gasser - janvier 2020
J’emprunte les « ricochets étranges » à Blaise Cendrars qui écrit dans Le Panama ou les aventures de mes sept oncles (1914) : « Tous ceux de ma génération sont ainsi/ jeunes gens / qui ont subi des ricochets étranges », et le vers « Qui ne connaît pas ce motif » au Carnaval de Venise de Théophile Gautier, dont les Émaux et Camées (1852) paraissent un an avant la nomination par Napoléon III du baron Haussmann à la préfecture de Paris.

Source : gallica.bnf.fr
Ces après-midi de fièvre, où l’esprit, plus léger que l’air, se détache du corps, et vague, fantasmagorie, médaillon de la tapisserie, et le plafond, planisphère
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J’aime bien le rythme ! Est-ce que cette forme de poème porte un nom ?
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Merci pour votre lecture attentive. Je dirais que c’est quelque chose d’assez indéfini entre la ballade au sens ancien et la chanson narrative…
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la ballade du jeune ado assommé par un après-midi d’entre-saison ?
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